Le ski alpin aujourd'hui
Regard sur l'évolution des remontées mécaniques dans le Queyras sur les dernières années .
Comme vous le savez les remontées mécaniques du Queyras sont un des piliers de l'économie Queyrassine pour la saison touristique hivernale principalement. Depuis de nombreuses années, les collectivités locales et les acteurs privés locaux ont su avec succès développer les domaines skiables alpins afin de proposer près d'une centaine d'emplois saisonniers et plus d'une dizaine d'emplois à temps plein sur la vallée. L'organisation des stations a pu être pérennisée grâce aux efforts financiers des communes et de la Communauté des Communes. Or après de nombreuses années difficiles (manque de neige naturelle notamment) les collectivités locales (communes et communauté des communes) n'avaient plus les moyens financiers pour faire face aux investissements indispensables pour assurer la survie du ski alpin dans le Queyras : des télésièges étaient en fin de vie (leur renouvellement était rendu obligatoire par l'administration), l'extension des installations de neige de culture devenait également indispensable afin de sécuriser l'activité du ski alpin et ainsi les emplois saisonniers, l'adaptation de nos domaines face à la concurrence des autres stations de taille identique était plus que nécessaire. Le problème rencontré par les élus et acteurs économiques fut que ce nécessaire développement, ou plutôt cette mise à niveau, des domaines skiables des stations villages nécessitait des investissements démesurés par rapport aux finances des collectivités.
Face à ce constat, les élus Queyrassins ont alerté le Conseil Général pour construire ensemble un « plan de survie » des stations villages du Queyras. Le Conseil Général, dans le cadre de sa politique d'aide en faveur des petites et moyennes stations du département a proposé la mise en place d'une structure de gestion des remontées mécaniques associant les communes et le département. Cette structure porte le nom de Syndicat mixte. Il s'agit d'une structure de droit public (du même type juridique que le Parc Naturel du Queyras). L'avantage de ce système de Syndicat mixte est de permettre au Conseil Général de pouvoir financer des équipements lourds tels que les remontées mécaniques à des taux très importants (90%) et bien plus importants que des subventions classiques (15%).
Ce système de Syndicat mixte est depuis mis en place dans d'autres départements en France tel que les Alpes Maritimes (Isola 2000, Auron, Valberg, ...), le Haut Rhin (station du ballon d'Alsace, ...), ...
Ce Syndicat mixte regroupe le Conseil Général (9 membres), les Communes (6 membres, 1 par commune) et le SIVU de la Montagne de Beauregard pour s'occuper de la gestion et du développement des stations.
Les investissements sont financés à 10% par les communes et à 90% par le Conseil Général. C'est une opportunité extraordinaire pour les finances des communes de la vallée. L'effort du Conseil Général est à mettre en valeur et chaque habitant doit bien comprendre qu'il s'agit de l'effort de l'ensemble des hauts-alpins pour le Queyras.

Le Syndicat mixte, créé en Novembre 2003, a souhaité confier l'exploitation des domaines skiables alpins à un professionnel afin d'optimiser encore plus la qualité des prestations offertes aux clients. Par ailleurs, le Conseil général ne souhaitait pas s'occuper de la gestion de remontées mécaniques dans la mesure où il ne s'agit pas d'une de ces attributions et qu'il n'en a pas la compétence. Une délégation de service Public a permis de retenir la société Queyras Développement - filiale de Transmontagne, pour la gestion des remontées mécaniques. En aucun cas il ne s'agissait d'une privatisation des stations mais bien un service public géré par un privé comme le permet la loi. A titre indicatif, les remontées mécaniques restaient la propriété du Syndicat mixte tout comme le reste des biens, les tarifs et les dates d'ouverture étaient fixés par les élus du Syndicat mixte sur proposition de l'exploitant, ...
Le Syndicat mixte focalise ses efforts sur le programme d'investissements qui fut défini conjointement avec Transmontagne lors de l'élaboration de la Délégation de Service Public. Un contrat entre les deux parties précisait les investissements prévus entre 2006 et 2016. Le Syndicat mixte devait mener à bien ce programme tout en finançant la majeure partie des projets alors que Queyras Développement devait en prendre en charge près de 25%.
A ce titre, il faut rappeler qu'en terme d'investissements le Queyras est une des stations qui investit le plus en France (11ème position en 2005). Il faut dire que nous devions remplacer plusieurs télésièges.
A ce titre, je tiens à préciser que le Syndicat mixte souhaitait en premier lieu rénover les installations obsolètes existantes au lieu de partir dans des projets fous voir utopiques de relier les stations entre elles. Il faut savoir que l'ancien télésiège de Ceillac, celui d'Abries et d'Aiguilles faisaient partie des plus vieux appareils du département. Il ne correspondaient plus aux exigences de la clientèle tout comme aux demandes de l'administration. Le choix du Syndicat mixte fut de remplacer certains de ces télésièges, d'améliorer les installations de neige de culture, les fronts de neige et les pistes. Proposons déjà un produit de qualité à notre clientèle plutôt que de vouloir étendre nos domaines skiables sans ce soucier des équipements en place et vétustes.

Le Syndicat mixte des stations de montagne du Queyras, que je préside, avait donc confié à la société Transmontagne la gestion des domaines skiables alpins du Queyras par le biais d'une délégation de service public en décembre 2004.
Notre relation, durant la période décembre 2004 à Juillet 2007, a été délicate avec des discussions âpres notamment au niveau de leur implication réelle dans le territoire mais aussi dans le mode de gestion des stations. Dès 2006, cette société nous a fait part de ses difficultés financières avec la volonté de renégocier son contrat. Le Syndicat mixte, et moi -même avons tenu bon en refusant de renégocier malgré de nombreuses insistances. Nous avons fréquemment fait part à Transmontagne de notre regret de ne pas les voir s'impliquer plus dans la mise en valeur des stations avec une signalétique forte, la mise en place d'une billetterie plus moderne, la mise en place d'une vraie commercialisation des remontées mécaniques, ...
Bref, après 3 saisons de collaboration, et du fait de la liquidation financière de Transmontagne, et plus précisément, de Queyras Développement le contrat de DSP a été dénoncé par le Syndicat mixte sans indemnité aucune. Nos conseillers juridiques travaillent encore pour que les liquidateurs de Transmontagne et de Queyras Développement reversent au Syndicat mixte certains impayés .
Dès le mois de Septembre 2007 , le Syndicat mixte a su réagir avec efficacité afin de procéder à la mise en place d'une régie syndicale pour assurer l'exploitation des remontées mécaniques. L'ensemble des élus, du personnel du Conseil général, du personnel de cette nouvelle régie a su se retrousser les manches pour faire face à cette situation d'urgence. Les salaires ont été payés dans les délais, les travaux d'entretien ont été effectués pour permettre le démarrage de la saison malgré de nombreuses difficultés (les cuves étaient vides tout comme les stocks, l'entretien du matériel restait à faire...). La confiance des fournisseurs a dû être retrouvée.
L'implication de tous a permis d'ouvrir les stations dans les délais permettant ainsi à l'économie locale de retrouver un fonctionnement quasi normal.
QUI FAIT QUOI
Il me semble important de bien rappeler qui fait quoi :
- Le Syndicat mixte est chargé des investissements importants dans l'ensemble de nos stations,
- -La régie quant à elle, est en charge d'exploiter l'ensemble des équipements afférents aux remontées mécaniques.
LES PRINCIPAUX INVESTISSEMENTS
De 2004 à 2008, il s'est agi d'investir plus de 20,5 millions d'euros HT dans nos stations, au travers de la réalisation de 2 télésièges pour 10,2 millions d'euros (Abriés et Ceillac), 3 installations de neige de culture pour 9,8 millions d'euros (Ceillac, Abriés, Aiguilles, Molines/Saint-Véran), des travaux de pistes pour 0,5 million d'euros (Abriés, Ceillac, Arvieux).
En 2009, le Syndicat mixte a achevé la réalisation de l'installation de neige de culture sur Molines / Saint-Véran avec de nombreuses difficultés techniques et administratives notamment sur la réserve collinaire. Je vous rappelle que cette réserve collinaire fut l'aboutissement du plus de 10 ans d'études, de négociations avec les administrations. Plusieurs sites d'implantations ont été étudiés et ils ont tous été refusés par l'administration d'Etat à l'exception du site retenu. Il est regrettable que nous n'ayons pas pu réaliser une réserve collinaire plus grande et située plus en amont en altitude. Quoiqu'il en soit, l'installation de neige de culture est opérationnelle et permet de mieux sécuriser ce domaine.
En 2009 toujours, le Syndicat mixte a engagé des travaux divers de remise en état de certains « points noirs » sur les sites de Abriès, Ceillac, Molines / Saint-Véran pour près de 180 000 € HT. Ces travaux ont été stoppés par les premières chutes de neige et reprendront au printemps 2010.
Pour 2010, le Syndicat mixte continuera de mener à bien les études nécessaires pour la réalisation de la restructuration du site de Molines/Saint-Véran (remplacement du télésiège de la Burge, télésiège des Cassettes) et d'Arvieux (nouveau télésiège et restructuration du pied des pistes)au travers de nombreuses études conformément à la législation, malgré la revue à la baisse de la participation financière ( maximum 50% ) et le plafonnement des aides que le Département a votés en 2009 .
Pour 2010 toujours, nous envisageons d'aménager certains fronts de neige (Ristolas, Aiguilles, Ceillac) en proposant des activités plus ludiques permettant d'associer de nouvelles activités de glisses et de rationnaliser leur exploitation.
Nous sommes conscients que le « tout ski » n'a plus d'intérêt. Il convient désormais de penser nos stations en termes de diversification hivernale et estivale.
Nous menons une réflexion sur les tarifs des remontées mécaniques et leur commercialisation.
LA GESTION DE NOS REMONTEES MECANIQUES
Au-delà des investissements, le Syndicat mixte et le Conseil Général se doivent d'être vigilants sur les finances de la régie qui exploite nos remontées mécaniques. L'exercice 2009 s'est achevé avec un équilibre budgétaire et cela malgré une très bonne saison d'hiver 2008/2009. Cela nous prouve une fois de plus la fragilité économique de nos stations et qu'il convient d'en assurer la pérennité financière. Nous ne pouvons pas nous permettre d'erreur si nous voulons pérenniser notre économie qui repose en partie sur l'hiver.
Le début de l'hiver 2009/2010 nous incite à la prudence en termes de gestion.

UNE VISION D'AVENIR
Même si les remontées mécaniques et les domaines skiables alpins sont un élément incontournable du tourisme hivernal, je reste persuadé que, seule, l'amélioration des remontées mécaniques, de la neige de culture et des pistes ne suffira pas à garantir les stations du Queyras vers un développement conséquent.
La politique du Syndicat mixte, et du Conseil Général, doit absolument être suivie d'efforts encore plus importants de la part des acteurs touristiques que sont les commerçants, les hébergeurs, les prestataires d'activités, ... Nous devons absolument nous améliorer au niveau de la qualité de l'accueil et de nos produits. Il est indispensable que nos logements touristiques s'améliorent encore plus avec, comme objectif, d'être parmi les meilleurs de notre département. Les prestations proposées aux clients doivent l'être dans un souci d'excellence.
La politique amorcée des collectivités locales (Communes, Communauté de Communes, Parc Naturel Régional), envers la diversification et la qualité architecturale, doit être soutenue,avec l'aide la Région et du Département pour répondre à l'attente de nos clients.
Au travers de ses investissements, le Syndicat mixte souhaite montrer l'exemple à l'ensemble des acteurs par des nouvelles installations particulièrement soignées : présence de chalets de qualité, habillage des télésièges avec du bois, intégration des réserves collinaires dans l'environnement.
Mon vœu le plus cher pour 2010, et les années à venir, serait que le Queyras devienne la destination Qualité des Hautes-Alpes, mais aussi des Alpes du Sud.

Le Président
du Syndicat Mixte des Stations
de Montagne du Queyras
Jean-Claude CATALA
Conseiller Général
